Connichi 2016 : Longue Interview avec Yamaga et Sadamoto de Gainax

Publié le 20 / 02 / 2017 à 17h00 dans Interview, Dernière Modification le 20 / 02 / 2017 à 18h15 Connichi 2016 : Longue Interview avec Yamaga et Sadamoto de Gainax
Top wo Nerae 3 ? FLCL Saison 2 ? Et plus ! On aura abordé pas mal de sujets intéressants, bonne lecture !

En Septembre dernier, Dimitri, notre chroniqueur (ElduRSverO pour les intimes) s'est rendu à Kassel en Allemagne pour interviewer, accompagné de Ludo son interprète (énorme merci ♥ ), Hiroyuki Yamaga et Yoshiyuki Sadamoto qui ont fait l'histoire de la GAINAX et ont écrit ensemble ses plus belles pages de la fin des années 1980 au début des années 2000, influençant grandement la japanimation.

Lors de ce très long entretien, ces grands monsieurs de l'animation japonaise auront discuté de tout avec nous et en ont même profité pour nous balancer quelques excluvités dont certaines qui n'ont encore jamais été révélées avant ! On vous sort donc ça, en n'oubliant pas de remercier Wave Motion Cannon pour leur aide sur la traduction, NohAcro pour son long travail de retranscription, Ludo pour sa relecture et bien entendu Dimitri pour son initiative. Bonne lecture et n'hésitez surtout pas à la partager !

Interview : Hiroyuki Yamaga & Yoshiyuki Sadamoto

 

Donc pour commencer avez-vous des nouvelles concernant Aoki Uru ? Où en est le projet ?

Yamaga : Actuellement, on est en train de repenser notre stratégie pour vendre le film, et je pense que l’écriture commencera début 2017. Ensuite ce que j’aimerais faire, c’est créer une section dédiée au marketing pour y rassembler des étudiants et récolter leurs avis, .

Est-ce qu’il y aura un pilote ?

Yamaga : Non, on a finalement décidé de ne pas faire de pilote. Ça coûterait beaucoup d'argent d'en faire un.

Avez-vous trouvé le budget nécessaire ?

Yamaga : Pas du tout, on n’a même pas commencé à être financés, c’est pour ça qu’il faut d’abord créer de quoi faire un dossier pour vendre le projet.

Est-ce que vous ne pourriez pas utiliser le crowdfunding pour financer le projet ? Avec la fanbase de GAINAX…

Yamaga : Vous savez, ce que la plupart des projets de crowdfunding d’anime font, ce n’est pas du financement à proprement parler mais des campagnes de dons. Ils proposent des bonus, comme par exemple un repas avec l’équipe, des choses comme ça pour inciter les gens à donner pour le projet. Avec cette méthode, c’est déjà bien si l’on arrive à récolter 100 millions de yens, donc je pense que pour Uru in Blue, on amasserait à peine 50 millions. Du coup on s’en servirait peut-être pour la promotion, mais ça m’étonnerait qu’on réussisse à récolter suffisamment d’argent pour appeler ça un financement.

Mais si vous appelez au financement participatif dans le monde entier, les fans au Japon, en Europe, ou aux Etats-Unis pourraient participer.

Yamaga : Bien sûr, si on le fait ça sera surtout centré sur les Etats-Unis, mais vu les exemples précédents je ne pense pas que ce sera un financement à proprement parler. Plus une manière d’échanger avec les fans. Donc je maintiens que même si on lançait une telle campagne, on récolterait au mieux 50 millions.

Mais si ça marche, des sponsors pourraient décider de vous soutenir, non ?

Yamaga : Non, ce n’est pas aussi simple. C’est l’inverse. On doit avoir des sponsors en premier, puis on fait un financement participatif. Ce n’est qu’un moyen de promotion après tout.

J’aimerais vous poser des questions sur FLCL 2, où en est la production actuellement ?

Sadamoto : Eh bien, c’est un autre studio qui s’en charge donc je ne connais pas non plus les détails, mais le réalisateur a été désigné et actuellement ils sont en train de travailler sur le script. Ils en sont plus ou moins là. Au passage, il y a eu des discussions à propos des personnages, et j’ai tout juste reçu la première commande pour les designs. Et je n’ai pas encore envoyé les croquis.

Vous faites seulement les designs ou un peu plus ?

Sadamoto : Au début ils voulaient utiliser le personnage de Haruko, l’héroïne de la première série. Ils voulaient la faire apparaître dans FLCL 2, du coup ils m’ont demandé s’ils pouvaient utiliser mon nom. J’ai donc assisté à la réunion pour ça, et c’est là qu’ils m’ont montré tous les personnages qu’il y aurait, en me demandant de combien je pourrais faire le design. Donc… évidemment ce sera impossible pour moi de tous les faire, mais je compte donner un coup de main pour quelques-uns des personnages principaux.

Donc vous ne ferez pas d’animation clé ?

Sadamoto : Non.

Est-ce que GAINAX participera ?

Yamaga : S’ils nous donnent du travail je pense que c’est possible, mais participer ou non sont des mots qui n’ont pas vraiment de sens dans l’industrie. Vu que tout le monde délègue du travail, on ne peut pas savoir qui participe à quoi avant que ça arrive.

Vous avez cédé les droits d’auteur de FLCL à IG, est-ce que vous les avez donné en entier ? Par exemple si de nouveaux DVD ou Blu-Ray de FLCL sortaient, est-ce que ça veut dire que GAINAX ne toucherait rien ?

Yamaga : Le contrat est confidentiel, donc je ne peux pas vous en parler. Mais ce n’est pas une histoire de pourcentages.

Est-ce le même genre de contrat que pour Evangelion ?

Yamaga : Comme je vous l'ai dit, je ne peux rien vous dire sur le contrat en lui-même.

Je vois. Nous avons parlé des droits d’auteur juste avant, mais par exemple si M. Imaishi voulait faire une suite à Panty&Stocking, est-ce que vous cèderiez les droits à Trigger ?

Yamaga : En fait, il n’y a pas vraiment besoin de vendre les droits à Trigger. En gros, tant qu’il y a un projet, ce n’est pas important de savoir qui détient les droits. Beaucoup de gens se trompent sur ce sujet, mais on ne peut pas créer quelque chose simplement parce qu’on en a les droits, et les droits changent de main à un autre niveau. Les gens ont tendance à croire qu’on peut créer une œuvre juste en détenant les droits, mais ce n’est pas le cas. C’est pour ça que pour FLCL ou n’importe quoi d’autre, qui détient les droits n’a pas vraiment d’importance quand on crée ou planifie quelque chose, tant qu'ils ne sont pas dans les mains de quelqu’un de vraiment mal intentionné qui refuserait à un studio de réaliser l’œuvre en question. Donc Trigger n’a pas besoin des droits de Panty&Stocking pour produire une suite.

Il n’y a encore eu aucune rumeur à propos d'ailleurs.

Yamaga : Pas étonnant, ils sont tous occupés chez Trigger, donc je pense qu’ils n’ont pas de temps pour produire une vieille série comme celle-ci.

La question suivante porte sur Akubi wo suru ni wa Wake ga Aru. Le titre est long…

Yamaga : En effet.

Apparemment ça porte sur la plongée, quel est la signification du titre ?

Yamaga : Je pense que c’est mieux que je n’en dise rien pour l’instant.

Je vois, du coup où en est le projet ?

Yamaga : Pour l’instant on est en plein dans la pré-production, donc nous allons écrire le script à partir de maintenant, et on a déjà quelques image boards, ainsi que des croquis pour les personnages. Nous avons également la plupart des sponsors qu’ils nous faut.

Est-ce que vous savez combien de saisons aura la série ?

Yamaga : Vu l’histoire, on aimerait pouvoir la développer en deux saisons (ndt : 24-26 episodes), mais c’est difficile actuellement au Japon de produire une série originale (ndt : non adapté d'un manga ou visual novel) de deux saisons. Donc pour l’instant on négocie pour une seule saison.

Et pour l’équipe ?

Yamaga : Je pense que je ne peux pas encore la révéler, même si c’est en grande partie décidé.

Question pour M.Sadamoto, est-ce qu’il est possible que vous dessiniez quelques animations clés pour Akubi, en dehors du travail de design ?

Sadamoto : Je pense que c’est possible. Comme pour Eva, s’il y a un passage que j’ai vraiment envie de faire... mais je ne peux pas encore le savoir. Peut-être une fois que le réalisateur sera désigné, s’il me demande de l’aide sur certaines parties…

Yamaga : Je suis sûr qu’il va te le demander (rire).

Sadamoto : …dans ce cas je ne pourrai pas refuser.

Et pour la direction d’animation ?

Sadamoto : La direction d’animation… Je ne sais pas. Pour l’instant je réfléchis sur d’autres moyens de promouvoir la série, comme un manga par exemple. Si ça se fait j'en prendrai sûrement la charge, donc ça serait difficile pour moi de travailler aussi en tant que directeur de l'animation. Evidemment si ça marche suffisamment pour qu'un spinoff voit le jour, ou même un film si on a assez de budget ; bref un projet sur lequel je peux participer sur un court laps de temps, sur une scène par exemple ; dans ce cas peut-être que je pourrais faire de la direction d’animation.

Avez-vous déjà fait de la plongée ?

Sadamoto : Oui. Une fois.

Yamaga : Moi aussi

Ensemble ?

Yamaga : Non, il n’est pas venu avec moi en Egypte. J’y avais été pour faire des recherches pour le projet.

(à Sadamoto) du coup vous avez plongé au Japon ?

Sadamoto : Oui, j’ai fait une initiation à la plongée pour voir des tortues.

Vous avez passé le permis de plongée ?

Sadamoto : Non, je ne l’ai pas.

Passons au jeu sur smartphone Black Rose Suspects. Pouvez-vous nous le présenter ?

Sadamoto : Le site officiel vient juste d’être ouvert, donc je ne suis pas vraiment autorisé à en dire plus. Je pense que le jeu sortira dans l’année, donc les personnages que j’ai dessinés devraient être révélés au fur et à mesure. Parce qu’actuellement je pense que ce ne sont tous que des silhouettes.

Pouvez-vous nous parler des projets à venir pour Fukushima GAINAX ?

Yamaga : J’aimerais bien mais je ne m’en souviens que de quelques-uns (rire). Pour l’instant on a fait trois épisodes de Masamune Datenicle, il me semble, et il y en a d’autres qui arrivent.

Pour l’instant le studio a seulement travaillé sur des animes courts, c’est bien ça ?

Yamaga : Oui, pour l’instant nous avons surtout des projets pour des médias locaux. Et vu qu'ils n'ont pas beaucoup d’argent, on produit les épisodes un par un.

Du coup est-ce que la majorité de vos projets seront des formats courts sur internet ?

Yamaga : Pas seulement, ça sera varié.

Sinon, est-ce qu’il y a d’autres projets GAINAX dont vous pouvez nous parler ?

Yamaga : Pour l’instant on a… Top wo Nerae 3. Gunbuster 3. Ah, peut-être que c’est une grosse info ça.

Vraiment ? Où est-ce que vous en êtes actuellement ?

Yamaga : C’est juste moi qui écris le scénario actuellement (rire).

Est-ce que vous pouvez nous donner une date ou une année ?

Yamaga : Le seul truc qui est sûr c’est que je dois finir d’écrire ça avant la fin de l’année pour ensuite écrire le scénario d’Uru.

Sadamoto : Il y a seulement le projet pour l’instant, plus ou moins.

Yamaga : Mais je pense qu’une fois que ça commencera à avancer, le reste suivra de façon assez fluide. Puis ça devrait être facile de collecter des fonds pour celui-ci.

Sadamoto : Plus qu'Akubi en tout cas, il y a des projets qui avancent assez vite une fois qu'ils sont lancés pour de bon.

Le 1 et le 2 étaient deux histoires complètement différentes, est-ce que le 3 sera aussi différent ?

Yamaga : Je vais tenter de faire le lien entre les deux premiers, mais je suis en train de l’écrire… c’est difficile.

Donc je suppose que M. Sadamoto sera chargé du design ?

Yamaga : Je ne sais pas vraiment pour l’instant, je suis vraiment en train d’écrire le scénario de mon côté, donc je n’y ai pas encore réfléchi, j’y penserai une fois que le script sera fini.

Est-ce que les personnages des deux premiers apparaîtront ?

Yamaga : Non, peut-être brièvement, mais de base pensez qu’ils ne seront pas là, c’est une histoire complètement différente. Je tenterai de faire le lien sur l’aspect SF.

Pourquoi avez-vous décidé de lancer le projet ?

Yamaga : Euh… Je ne sais pas trop comment répondre…

Qui a pris la décision ?

Yamaga : Ça s’est juste décidé comme ça, on discutait et le sujet a dérivé sur ‘‘Au fait, on pourrait faire une suite à Top, non ?’’, puis ‘‘Il n’y aurait pas quelqu’un pour le faire ?’’, et apparemment j’étais le seul candidat possible. Ça a juste été décidé comme ça. Aussi d'un point de vue mercantile... tout le monde connaît Top wo Nerae alors... Ensuite il fallait décider de la marche à suivre, et je me suis devoué pour le script, tout naturellement.

Sadamoto : Est-ce que les gens savent que c’est toi qui a fait le script de Top 1 ? En dehors du Japon, je veux dire.

Yamaga : Je ne pense pas.

Les vrais savent !

Yamaga : Bref, c’est pour ça qu’on a décidé en commun que je devrais écrire le scénario. D’ailleurs, quand on crée quelque-chose, on commence souvent par évaluer le potentiel au niveau du marketing. C’est très rare qu’on lance une production juste parce qu’on voudrait faire quelque-chose de spécifique. On fait aboutir les discussions, on se demande quoi faire pour la suite, puis si le projet avance avec des résultats concrets, tant mieux. D’autres fois c’est juste nous qui discutons comme quoi ce serait bien qu’il y ait tel ou tel projet sans que ça n'aboutisse. C’est le cas pour la suite de Panty&Stocking dont on parlait. Tout le monde dit que ça serait bien qu’il y en ait une, évidemment les gens de chez Trigger en discutent aussi, mais on n’a aucune idée de si le projet va vraiment être lancé un jour. Si Imaishi décidait soudainement d’en faire une, dans ce cas je suppose que ça se fera, mais personne ne peut savoir. C’est le cas pour n’importe quel projet, au départ ça ne pèse pas lourd.

Je suppose que ça serait des OVA ?

Yamaga : Même ça je n’en sais rien… ça n’existe plus les OVA, si ?

Sadamoto : Les OVA… Je pense qu’ils n’utilisent plus l’appellation.


Question suivante à propos des Rebuild d’Eva, est-ce que vous connaissez ce symbole du dernier film (le signe musical de répétition) ?

Sadamoto : Pour commencer, j’aimerais clarifier ma position par rapport au Rebuilds. J’ai seulement fait le character design des personnages principaux donc… (rire)

Oh, je vois. C’est ceci :|| Nous n’avons même pas réussi à lire le titre.

Sadamoto : (regarde) Désolé, mais c’est la première fois que je vois le symbole, pour vous dire à quel point ma participation est minime.

Yamaga : Ça sera lequel, le troisième ?

Le quatrième.

Yamaga : Donc Jo, Ha, et maintenant ‘‘Ça’’. Je pense que personne ne sait comment ça se lit, j’ai jamais vu personne le lire à voix haute. C’est Shin Gekijôban « machin » (rire).

Du coup est-ce que la production a démarré ?

Sadamoto : Je ne suis vraiment au courant de rien. Il est même possible que je ne participe même pas.

Nous avons remarqué qu’un des uniformes dans Eva ressemblait beaucoup à ceux de Sayonara Jupiter, est-ce que vous vous en êtes inspiré ?

Sadamoto : Je ne connais pas Sayonara Jupiter (rire). Peut-être que j’ai souvenir de l’avoir vu, mais je ne me souviens pas de comment les personnages étaient habillés.

Yamaga : Moi non-plus. C’est la première fois que j’entends parler des ressemblances entre les deux.

Sadamoto : Je me demande à quoi ils ressemblent.

Est-ce que vous l’avez vu ?

Sadamoto : Je pense l’avoir regardé une fois parce que je connaissais quelqu’un qui travaillait dessus…

Yamaga : Je le regardais à côté de Sakyou Komatsu (ndt : l’auteur du roman et co-réalisateur du film) (rire).

Sadamoto : …quelqu’un qui s’appelle Shinji Higuchi et qui était chez GAINAX. Il a aussi travaillé sur Eva, et il a aidé le réalisateur aux effets spéciaux. Je crois que c’était M. Nakano, non ? Sur Sayonara Jupiter.

Yamaga : C’est ça.

Sadamoto : Donc je pense que Shin-chan a aidé dessus.

Yamaga : Il bossait dessus, oui.

Sadamoto : Donc je me souviens l’avoir regardé pour ça. Sayonara Jupiter… (encore dubitatif)

Yamaga : Je ne m’en souviens pas du tout.

Sadamoto : Je n’arrive pas à me souvenir des vêtements…

Yamaga : Je suppose que c’est les uniformes de leur brigade qui ressemblent à ceux du NERV.

Sadamoto : Aaah…

C’était les uniformes dans la série télé. Est-ce que c’est vous qui avez fait tous les designs pour la série ?

Sadamoto : Pour la série je m’étais inspiré d’une série qui s’appelle UFO, Alerte Dans L’Espace. Les couleurs ressemblent un peu.

M. Sadamoto, qui est votre maître en tant qu’animateur et designer ?

Sadamoto : Mon maître… Avant de passer chez GAINAX, je travaillais dans un studio qui s’appelle Telecom, et c’est un animateur, M. Yasuo Otsuka qui m’a formé là-bas pendant un an. Sinon, quand je travaillais à mi-temps j’apprenais le métier de personnes plus jeunes que moi, comme par exemple un gars qui s’appelle Mahiro Maeda. Il m’a expliqué comment faire des fiches de design, c’est comme ça que j’ai débuté. Et je pense que c’est tout. La seule personne qui a vraiment été un maître pour moi est M. Yasuo Otsuka.

Est-ce que vous avez rencontré M. Miyazaki quand il travaillait sur Sherlock Holmes ?

Sadamoto : Alors oui, M. Miyazaki travaillait sur Sherlock Holmes chez Telecom à l’époque, mais j’étais encore étudiant, et quand j’ai rejoint le studio, c’était pile au moment où il partait pour créer Nausicaä, donc on n’a jamais été dans le studio en même temps.

Du coup, est-ce que vous avez aidé sur Nausicaä ?

Sadamoto : Non, quand j’ai rejoint Telecom, ils travaillaient sur la seconde moitié de Sherlock sans lui. Donc je dessinais des intervalles, vu que j’étais nouveau.

Une question sur le manga Evangelion, étiez-vous complètement libre pour le script ou est-ce que vous avez consulté M. Anno ?

Sadamoto : Il n’y a aucun script. Quand on fait des animes il y a ce qu’on appelle les storyboards, n’est-ce pas ? On partageait juste ça avec M. Anno, donc je suis au même niveau qu’un fan. J’ai juste dessiné le manga de mon côté en regardant les storyboards, donc je n’ai consulté personne, et personne dans l’équipe de la série télé n’est intervenu dans mon manga.

D’ailleurs, dans la dernière page du manga, il y a Mari, un des personnages des Rebuilds…

Sadamoto : Ah, ça ce n’est pas dans l’intrigue, c’est juste un chapitre bonus pour le volume relié. C’est même indépendant des films, c'est du fanservice, quelque chose sur lequel il ne faut pas trop réfléchir (rire). C’est juste un truc qui m’est passé par la tête, j’ai trouvé que ça serait marrant si c’était comme ça.

Donc ce n’était pas une demande non-plus ?

Sadamoto : Non, ça ne l’était pas, et vu qu’elle est apparue dans Jo Ha et Q, je me suis demandé quel serait son rôle dans l’histoire. Mais quand j’ai demandé à l’équipe, on m’a répondu qu’ils ne pourraient pas vraiment développer son personnage dans le dernier film restant ; qu’elle pourrait même n’apparaître que peu de temps à l’écran. Donc j’ai décidé d’ajouter un peu de son histoire dans mon manga, sur un coup de tête. Mais ce n’est vraiment pas quelque chose d’inventé par l’équipe du film ou qu’ils m’ont demandé de faire, considérez ça juste comme une lubie.

Je posais la question vu que comme vous savez, les fans ont tendance à sur-interpréter ce genre de choses...

Yamaga : C’est sûr, en particulier pour Evangelion. Ils pensent que tous les micro-détails ont un sens (rire).

Sadamoto : Et puis après tout quand on voit Mari dans Jo ou Ha et qu’on la voit appeler Gendo ‘‘Gendo-kun’’ ou renifler Shinji, elle agit de façon assez étrange. En plus elle a l’air de beaucoup aimer les chansons de l’ère Shôwa, elle les fredonne. Donc à mon avis soit c’est une fille qui a vraiment des goûts centrés sur le siècle dernier, soit elle est née à cette époque et n’a pas vieilli. Et comme dans Q ils ont ajouté le principe selon lequel les pilotes ne vieillissent pas, je soutiens la seconde théorie, selon laquelle Mari est de la même génération que la mère de Shinji, qu’elle est devenue pilote d’une façon ou d’une autre et qu’elle n’a pas vieilli depuis. Mais encore une fois, c’est juste moi qui me fais des films. (rire)

Que pense Monsieur Anno de votre idée ?

Sadamoto : M. Anno n’est pas du tout concerné. Il n'a ni approuvé ni réfuté l’idée.

Qui est votre maître en tant que mangaka ?

Sadamoto : Je n’ai pas de maître à proprement parler vu que je suis autodidacte, mais je suppose que je peux appeler comme ça les mangakas que j’aimais quand j’étais enfant. Il y a Leiji Matsumoto, Gô Nagai, ou plus récemment M. Katsuhiro Ôtomo. J’ai lu et énormément de mangas très intéressants qui m'ont influencé, donc ça se voit forcément dans mon travail.

Est-ce que vous fréquentez M. Ôtomo ?

Sadamoto : Oui, on vit dans le même quartier, donc on se rencontre dans des bars des fois.

Est-ce que vous souhaiteriez travailler avec lui ?

Sadamoto : Travailler avec lui… Je ne sais pas… (rire) C’est difficile ! Il y avait un film omnibus qui s’appelle Short Piece, avec M.Otomo au centre du projet. Et il m’avait demandé de participer sur un des court-métrages (ndt : GAMBO). Mais lui n’avait pas participé à la réalisation de ce court, donc on a juste collaboré au niveau de l’image générale de l’œuvre.

Du coup est-ce que ça vous dirait de participer à un autre de ses projets omnibus ?

Sadamoto : A vrai dire je ne sais même pas si il a encore envie de travailler dans l’animation.

Il dit toujours qu’il veut arrêter, mais il finit par revenir.

Sadamoto : Evidemment, tout le monde autour veut qu’il revienne vers l’animation, mais apparemment lui veut faire des films en prise de vue réelle, donc je me demande ce qu’il va faire. Vous pensez qu’il veut retravailler dans l’animation ?

Yamaga : Hmm… Je me demande… Plus les gens s’excitent autour de lui plus il a tendance à vouloir arrêter.

Sadamoto : Actuellement il y a beaucoup d’expositions artistiques de son œuvre partout dans le monde, en France aussi. Et il est du genre à soudainement dire qu'il va tout arrêter, que la prochaine sera la dernière quand il est sollicité comme ça (rire).

Yamaga : Puis l’animation en particulier demande énormément de temps. Il a déjà passé 9 ans sur Steamboy, et maintenant il dit qu’il ne sait même pas s’il lui reste 9 ans à vivre (rire).

Il a aussi fait un pilote pour le film Dômu en live action.

Yamaga : Ça non-plus ça n’avance pas.

Sadamoto : Quand je l’ai rencontré le mois dernier, il disait des choses du genre ‘‘Je te le dis, dessine des mangas. L’avenir c’est les mangas !’’, comme ça, soudainement, ‘‘Arrête de faire des animes ou des films, dessine des mangas !’’. Je ne sais pas à quel point il était saoûl mais (rire) je suppose qu’il va dessiner un nouveau manga du coup.

Mais il me semble que ses projets de manga n’avancent pas non plus... Par exemple il avait un projet de bande dessinée en collaboration avec Jodorowsky.

Sadamoto : Mais ça date d’il y a plus de dix ans, non ?

Yamaga : C’est quelque chose qui est aussi vrai pour nous mais… On a 54 ans maintenant. On n’a pas l’intention de prendre notre retraite, mais on est de plus en plus lent pour dessiner. Du coup imaginez pour des gens comme M. Otomo ou M. Miyazaki qui sont encore plus âgés que nous. Evidemment les gens voudraient qu’ils créent maintenant plus que jamais, mais ils sont vieux maintenant, ce n’est pas possible (rire). Ils ne peuvent pas être aussi productifs.

Sadamoto : En plus ils ont besoin de collecter des fonds. Apparemment M. Otomo voulait faire un film live, mais d’après ce qu’il m’a dit au bar, il n'arrive pas à trouver les financements.

Et le crowdfunding ?

Yamaga : (rire) Comme je l'ai dit tout à l'heure, on ne peut pas amasser assez d’argent avec le crowdfunding ! Personne n’a réussi à le faire, si ?

Sadamoto : Beaucoup de projets tentent le coup, mais la plupart gagnent au maximum 40 à 50 millions. Et avec 40-50 millions, vous faites une publicité et c’est fini.

Mais il me semble que M. Sunao Katabuchi l’a fait pour son dernier film, Dans un Recoin de ce Monde,

Sadamoto : Ah, et Imaishi l’a fait aussi.

et il me semble qu’il a beaucoup gagné. (ndt : 59 millions)

Yamaga : Il me semble que ce n’était pas énorme, si je me souviens bien.

Sadamoto : Je pense qu’ils travaillent avec un budget réduit, 100 millions ou dans ces eaux-là.

Yamaga : De plus il y a plusieurs façons d’organiser un crowdfunding, en tant que financement à proprement parler comme c’était le cas là, ou en tant que campagne de dons avec des prix en retour à la clé. La plupart choisissent la seconde option. En effet, il y a des projets qui des fois amassent des centaines de millions, mais c’est difficile étant donné que ce ne sont pas de simples financements.

Sadamoto : Quand des sponsors majeurs, qui ont vraiment l’argent pour financer un projet veulent investir pour faire des bénéfices en retour, ils préfèrent avoir le monopole dessus. Du coup ils ne s’attaquent pas à des projets avec autant de gens sur le coup. Ils veulent vraiment le faire par leurs propres moyens. Et ce sont ces personnes qui peuvent donner un, deux milliards à un projet, donc c’est difficile.

Yamaga : En gros, on ne peut pas créer quelque chose à l’aide du crowdfunding. Il y a quelques exemples qui ont réussi, mais que ce soit pour un jeu vidéo ou un anime, ce sont des exceptions. Pour la plupart, on ne peut pas juste lancer un financement participatif en espérant rassembler les fans qui contribueront à leur travail. Ça n’arrive pas.

Donc vous pensez que ça ne permet pas de collecter de grandes sommes, et que ça sert plus à promouvoir l’œuvre ?

Yamaga : Exactement. C’est plus souvent utilisé en tant que publicité. C’est pour ça qu’on pense le faire pour Uru, mais en tant que moyen de communiquer avec les fans, pas comme un réel financement.

Monsieur Sadamoto, j’ai cru comprendre que vous aimiez bien Terry Gilliam, quel est votre film préféré ?

Sadamoto : Euh… J’aime beaucoup de films mais (rire), oui, pour Terry Gilliam je pense que ça serait Brazil, ou Tideland qui est assez miteux mais je l’aime bien aussi. A part ça, je ne l’ai pas vu jusqu’à la fin mais Zero Theorem qui est assez récent. J’aime surtout l’esthétique de ses films donc… il y aussi Le Baron… C’était quoi le titre déjà ? Le Baron Menteur ?

Le Baron de Munchausen. Est-ce que vous avez vu l’original ? C’est un film allemand de l’époque de la guerre, un chef d'oeuvre.

Sadamoto : Je ne le connais pas, non. Les Frères Grimm était assez lacunaire d’après mes souvenirs, et je pense que le premier que j’ai vu était Bandits, bandits… Mais je pense que oui, mon film préféré de Gilliam est Brazil. Je ne sais pas trop pour L’Armée des 12 Singes… c'était pas mal, je suppose. Ce n’est pas vraiment mon auteur préféré, mais j’aime bien son travail. Après il n’y a pas énormément d’auteurs que j’aime réellement du fond du cœur, du coup je réponds souvent Terry Gilliam ou Ridley Scott…

Yamaga : Dans notre métier, les journalistes ou les fans nous demandent toujours quels films ou auteurs on aime, et comme on est obligés de répondre on finit par évoquer quelqu'un qu'on aime, mais pas tant que ça. Donc je pense que beaucoup mentent dans ce genre de situation (rire).

Sadamoto : Même quand je dis que ‘‘j’aime bien’’ quelque chose, ça peut vouloir dire que j’ai été ému par l’histoire, ou que l’esthétique m’a inspiré… une œuvre a plusieurs facettes et c’est dur d’expliquer laquelle on regarde. Dans le cas de Terry Gilliam, j’aime son esthétique ou ses histoires pessimistes… c’est peut-être pas le mot… J’aime ses histoires tristes.

Vous préférez les histoires tristes ?

Sadamoto : Je suppose… Je préfère ce genre d’histoire par rapport aux scénarios américains d’aujourd’hui avec un happy end et un héros qui triomphe à la fin. Je préfère suivre la vie d’un anti-héros, d'un personnage désespéré ou d'un méchant, mais qui malgré tout a quelque chose de valeur en lui. Je suis plus intéressé par ce genre de personnage.

On voit souvent ce genre de personnage dans les séries américaines récemment.

Sadamoto : En effet.

Est-ce que vous en regardez ?

Sadamoto : Je regarde justement en ce moment Breaking Bad en vidéo. Il n'y a pas un seul personnage gentil dans toute la série ! (rire) C’est vraiment quelque-chose qui m’attire.

C’est quelque-chose que j’ai entendu de la part d’un autre animateur, mais est-ce que c’est vrai que vous aimez beaucoup les pop idols ?

Sadamoto : (un peu surpris) Oui, c’est vrai.

Est-ce que vous allez souvent voir des concerts ?

Sadamoto : En fait ce n’est pas quelque chose de rare dans l’industrie, beaucoup d’animateurs sont fans d’idols, et quand j’y vais c’est souvent avec des amis animateurs.

Quel est le dernier concert auquel vous êtes allés ?

Sadamoto : C’est celui de Nogizaka46, un groupe rival des AKB48 produit par Sony. J’aimais les AKB, mais depuis que Sony a produit Nogizaka46, j'ai changé de camp. Mais je n'aime pas tous les groupes d'idols ! Si on devait me demander si je suis fan d'idols je repondrais non (sic). Je ne suis pas comme ca... Physiquement je préfère les gravure idols... Parce que vous savez, ça fait du bien de les regarder. Pour les groupes d’idoles, je ne suis fan que de Nogizaka actuellement.

Avec qui y allez-vous en concert ?

Sadamoto : Pour Nogizaka, j’y vais avec Tsurumaki, qui était réalisateur sur FLCL, un ami à moi qui fait des figurines, des gens comme ça. J’y suis même allé avec ma fille une fois. Des fois des gens m’invitent, d’autres fois j’y vais seul. L’autre jour il y avait une répétition d’un groupe de 5 filles qui s’appelle Wa-Suta… je crois que c’était un group D’Avex. Et un ami m’a demandé si j’étais intéressé, donc j’y suis allé. Je n’étais même pas fan mais… oui, elles étaient mignonnes. Ce sont des lycéennes vous savez, donc elles sont encore plus jeunes que ma propre fille ! (rire) Quand elles sont aussi jeunes, tout ce que j'ai envie de leur dire c’est ‘‘Courage !’’. Mais je préfère les filles qui ont du sex appeal, comme les Nogizaka. Vous connaissez des groupes d’idols ?

Je connais… Le Onyanko Club, un petit peu.

(rires)

Yamaga : Ouah, ça date ! C’était il y a 30 ans, non ?

Sadamoto : Pour l’anecdote, M. Akimoto qui a produit Onyanko Club a aussi produit Nogizaka.

Il a produit les deux ?!

Sadamoto : C’est ça, il a produit les AKB, et puis il a lui-même produit Nogizaka en tant que groupe rival de son propre groupe. Chez King Records pour le premier et le second pour Sony.

Etes-vous allés à des concerts d’idols ensemble quand vous étiez jeunes ?

Yamaga : Moi ? Non, je n’ai jamais été intéressé par les idols.

Sadamoto : Mais il n’y avait pas un moment où ?...

Yamaga : Ah oui, mais c’était pour le travail !

Sadamoto : Vraiment ? Mais tu les suivais dans leurs déplacements, non ?

Yamaga : Oui, je me suis forcé à un moment, mais c'est tout.

Sadamoto : Ah, je vois… mais c’est un peu pareil pour moi... Je ne suis pas un fou des Idols, je n’ai pas l'ambition d’être reconnu par une des membres ou quoi que ce soit du genre…

Yamaga : C’est ça qui était intéressant justement. J'y allais pour observer les fans dans ce genre d'endroit, leur mentalité. Par exemple quand ils étaient avec leur petite amie, elle ressemblait systématiquement à l’idol de leur coeur. C’était vraiment marrant.

Avec qui y alliez-vous quand vous travailliez chez Daicon Films ?

Sadamoto : Je n’allais pas à des concerts d’idols à l’époque, j’écoutais plus de la new music, Off Course par exemple, vous connaissez ? J’écoutais plus ce genre de musique normale et divertissante, et j’allais à des concerts aussi.

Est-ce que vous écoutez de la musique quand vous travaillez ?

Sadamoto : Oui, j’écoute des genres très variés en fonction de mon humeur, pas seulement des chansons d’idols. Des fois je peux écouter des bandes originales toute la journée, d’autres fois c’est du rock… Je n’écoute pas vraiment de heavy metal.

M.Sadamoto, est-ce que vous avez des projets de manga en préparation ?

Sadamoto : Je pense que ça va arriver l’année prochaine, mais il y a un manga que j’avais écrit dans le passé sans le publier. C’est une histoire pour salary-man qui s’appelle Archaic Smile. C’est une comédie romantique avec un salary-man qui devient passionné de statues bouddhistes. Ce n’est vraiment pas un manga qui cible les otaku, juste une petite histoire qu’un salary-man qui va au travail pourra lire dans le train avant de laisser le magazine sur le porte-bagages… Vous connaissez Oishinbo ? C’est un peu dans le même genre. On m’avait demandé d’écrire ce genre de manga une fois, et j’en étais arrivé au point où avec un ou deux chapitres de plus, il pourrait être publié en tome relié. Du coup je travaille là-dessus actuellement. J’espère pouvoir le publier l’année prochaine. Je dois encore dessiner quelque chose comme 50-60 pages avant de pouvoir en faire un tome. Par contre je pense que ça ne plaira pas vraiment aux fans qui font du cosplay et tout (rire).

Parlez nous de vos doujinshi ?

Sadamoto : En effet, j’ai récemment commencé à utiliser Facebook et Twitter dans le cadre mes activités doujin, en me disant que ça serait intéressant d’interagir avec les fans.

Participerez-vous aux prochains Comic Market ?

Sadamoto : J’aimerais, dans la mesure du possible.

Très bien, ça sera tout, merci beaucoup.


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Informations sur l'auteur :

Fondateur / Dev & couteau suisse d'Otacrew. J'aime les pancakes et Yang Wen Li passionnément.



Commentaires

Cet article contient 6 commentaires.

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Énorme gg pour cette interview et HYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYPE

Hahaha, merci Jalil !

C'était super intéressant ! Au top :ok_hand:

Merci Sushi !

Comment c'est bien

Ça c'est de l'interview de qualité ^^ Pour le coup, hormis en doublage je connais très peu de choses sur les "petites mains" de l'animation (je sais pas si on peut les appeler comme ça x), et c'est toujours un plaisir d'en apprendre un peu plus sur certains d'entre eux (je connaissais même pas Yamaga :p)